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Sur les temps à venir...


(15 novembre 2007)

(article également paru sur Naturavox)

Dans la problématique représentée par la crise climatique, la réponse de l’Occident et l’ensemble de la communauté internationale à l’enjeu énergétique se fait encore désirer. Aux USA comme en Europe, la bataille de l’opinion pour enclencher des politiques ambitieuses sera déterminante. L’économie de marché va devoir se réguler par des "signaux de prix" portés sur le coût de l’énergie. La taxe carbone est loin d’être une fantaisie écologiste...Nous ne finirons pas d’en parler.

Taxe carbone ! Le mot est lâché.

L’on ne soupçonne pas à quel point ce terme va enflammer les débats dans les mois à venir. Car cette créature fiscale, loin d’être un délire répressif de l’écologie militante est l’expression d’une aspiration croissante de la sphère économico-politique avertie à se rendre à la raison qu’imposent deux tendances lourdes des années à venir : la crise climatique et la crise pétrolière.

Rappelons tout d’abord un fait relativement important qui explique ce que nous connaissons maintenant comme le Protocole de Kyoto : la taxe sur les énergies fossiles à déjà été au devant de la scène. Lors des négociations multipartites qui ont occupé nos dirigeants il y a maintenant une décennie, deux modèles se sont affrontés : les Européens, se montrant favorables à un instrument fiscal (une taxe) pour infléchir les consommations d’énergies fossiles ont tout naturellement défendu cette position ; les Américains et leurs "alignés" ont eux fait valoir la nécessité de recourir à un système de permis d’émissions négociables ou système de "cap-and-trade".

La Communauté Européenne avait fait dès 1992 la proposition d’une taxe sur l’énergie, mais les partenaires du Vieux Continent n’avaient pas réussi à trouver d’accord, et la France y a eu sa part de responsabilité, puisqu’elle a fait barrage à une taxe mixte carbone/énergie qui aurait pénalisé le nucléaire français.

La position américaine à fini par prévaloir, mais l’histoire a ses facéties, voir ses ironies, puisque ce sont les Européens qui sont à ce jour les seuls à en avoir repris et appliqué les principes.

De cela, nous pouvons tirer deux enseignements :

1. L’Europe ne peut rien espérer imposer en guise de suite à Kyoto s’il ne se dégage en son sein un consensus sur les moyens futurs de l’action économique contre le changement climatique.

2. Les Etats-Unis sont comme dans beaucoup de domaines suffisamment prépondérants et influants pour que l’on ne puisse espérer d’évolution mondiale que venant du coeur des USA, y compris dans la lutte contre l’effet de serre dont il portent actuellement le bonnet d’âne.

Mais d’où viennent les idées de fond ?

Elles viennent de toutes part et de manière assez affirmée, de nombre d’économistes américains y compris de prix Nobel (Joseph Stiglitz par exemple) qui les uns après les autres, martèlent que les prix doivent augmenter pour que l’on voit enfin la consommation d’énergie fossile régresser. Nordhaus, Stiglitz, Becker, Mankiw...ce dernier, ex-conseiller économique de George W. Bush pour être associé politiquement aux Républicains n’en est pas moins un apôtre de l’idée pigouvienne d’une taxe...la petite bête qui monte.

Car si nous prenons le temps de tâter le terrain outre-Atlantique, nous nous apercevons qu’une tendance lente mais certaine se dessine, dans le sens d’un retour en force de la solution fiscale. Barak Obama est le dernier à s’être déclaré favorable à une "Carbon tax", à l"heure où l’empêtrement politique américain au Moyen-Orient souligne dramatiquement le vulnérabilité énergétique des Etats-Unis, qu’il est ainsi possible de réduire par la même occasion. Ainsi l’on a vu naître il y quelques mois le Carbon Tax Center qui fédère les initiatives et met en lumière les prises de position les plus récentes en faveur de cette voie. Dans ces conditions, il n’est donc pas question pour les partisans de cette mesure de renoncer au débat, bien au contraire. Nous devrons en France comme ailleurs l’acceptation des choix difficiles de demain au travail de labourage intellectuel et argumentaire de ceux qui depuis des années soulignent inlassablement les déterminants de la situation énergétique et donc économique à venir : Les Gore, les Jancovici (bien moins connu, mais "plus qu’hier et moins que demain").

Or, il suffit que la hausse conjoncturelle des prix des carburants ne se fasse sentir pour que le français moyen en veuille à l’Etat, et que de nouveau nous revienne à la figure de manière cruelle la flagrante inculture de notre société sur le fait le plus gravement méconnu de notre ère industrielle : un prix de l’énergie largement sous-évalué.

Que la route sera longue, mais combien il est important de la suivre !

De gré ou de force, nous comprendrons bientôt que l’Or Noir ne pouvait continuer de ne rien valoir. Il existe sur la Toile une capacité de mobilisation que chacun doit saisir, car ceux qui comme moi croient au bien-fondé du principe "donnons son vrai prix au carbone" ont maintenant loisir de livrer la plus importante des batailles argumentaires : celle du prix du carbone.

Ouvrez lui bien grand vos colonnes et vos tribunes.

Thomas de Toulouse.