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Obama devrait recourir à une taxe carbone pour réduire les charges sociales

"Green push can boost Obama tax deal"

par Ted Halstead, Financial Times, 7 déc. 2010

En annonçant lundi un "deal" pour l'extensions des réductions d'impôts de l'ère Bush, le Président Barack Obama avait  une surprise : des remises fiscales de 2% pour tous les travailleurs . Mais ce n’est là que le meilleur moment de deux semaines bien mornes au plan de la politique économique. Tout d’abord, le chômage a atteint officiellement 9.8%, puis les Républicains se sont imposés en prolongeant toutes les réductions d’impôts pour deux ans. La question est maintenant de savoir où mène l’agenda économique de M. Obama.
La création d’emplois reste le problème qui préoccupe le plus les électeurs. Cependant, des déficits que se creusent, ainsi qu’un parti républicain en résurgence font obstacle à toute dépense  gouvernementale significative sur l’emploi durant les deux années à venir. A la place, le meilleur développement envisageable serait de bâtir sur ce précédent du cadeau fiscal, évoqué lundi, et de promouvoir une réforme fiscale plus large. Le système fiscal américain n’a pas beaucoup de sens. Nous pénalisons le travail, tout en ignorant ou subventionnant la pollution, ce qui mène à moins d’emploi et plus de dégradation de l’environnement.
Inverser ces incitations – surtout si cela se fait en suivant le principe de neutralité fiscale - pourrait aider à la création d’emplois, à la réduction des déficits, à une réforme fiscale et à la préservation de l’environnement. Malheureusement, l’annonce de réduction de charges sociales fait par M. Obama manque à cette logique. Le plan a été inspiré par deux commissions récentes sur la réduction des déficits, dont chacune appelle à une forme de « vacance des charges sociales » pour 2011. Cependant un tel dispositif en lui seul ne peut être de nature à encourager les entreprises à embaucher durablement des employés en 2011, s’ils savent que les taxes seront rétablies à leur niveau initial en 2012.
Ceci étant, les cotisations sociales prélevées sur les salaires sont la bonne piste à suivre pour une réforme. Il s’agit des charges fiscales taxes les plus conséquentes payées par la majorité des familles américaines, représentant 900 milliards de dollars par an. Elles accroissent le coût du travail d’un lourd 15,3%, et ont crû spectaculairement au cours des 70 dernières années : de 10% de taxes fédérales en 1937, jusqu’à 40% aujourd’hui. En abaissant le coût du travail, un allégement de ces charges est un puissant moyen de faire croître l’économie et de stimuler la création d’emploi ; les travailleurs pourraient devenir plus compétitifs, ,  la sous-traitance chuterait, tandis quez tous les Américains auraient subitement plus d’argent en poche. En effet, pour être plus efficace, l’allégement de charges devrait être notablement plus important que la réduction de 2% de M. Obama.
Le plus gros problème est que ni le plan de M. Obama, ni ceux des deux commissions ne prévoient de compenser ces dispositifs  d’allégements  de charges par un quelconque autre revenu à court terme. La commision co-présidée par Erksine Bowles (un ex-conseiller de Bill Clinton) et Alan Simpson (ex sénateur républicain) s’est exprimée en faveur d’une taxe sur l’essence, mais bien trop modeste pour réduire les déficits. En fait, aucun des deux plans n’associe les idées de réduction de charges et d’impôts verts. Ceci est regrettable, car le fait de s’assurer que les réductions de charges sont bien neutres fiscalement est un premier pas crucial vers le dépassement du faux antagonisme entre la création d’emplois et une certaine responsabilité fiscale.
La meilleure façon, de remplacer ces revenus serait une taxe carbone (et possiblement d’autres taxes environnementales) qui pourrait générer des milliards de dollars, tout en réduisant l’empreinte carbone de l’Amérique ainsi que sa dépendance pétrolière, et en encourageant les emplois verts. Pour M.Obama, le concept de taxer la pollution à la place du travail pourrait insuffler de la vie à son agenda de politique domestique qui manque de puissance. Armé d’un plan qui positionnerait les Démocrates du côté du travail et de la responsabilité fiscale, il serait plus aisé de contrer de nouveaux appels à l’extension des allégements de charges de l’ère Bush après 2012. Ceci pourrait d’ailleurs ouvrir la voie à un rapprochement entre l’administration Obama et les milieux d’affaires.
Pour les Républicains, la taxe carbone sera plus difficile à vendre. Mais tôt ou tard, les Etats-Unis devront lever de nouvelles taxes pour combler leur déficit, et même les Républicains devront lever leurs objections philosophiques à toute augmentation d’impôts. Une taxe carbone pourrait s’avérer être parmi les alternatives les moins contestables. En effet, l’attrait en soi d’une campagne populiste appelant à réduire les taxes sur le travail pourrait l’emporter sur le rejet par les Républicains de la fiscalité verte.
Selon la commission Bowles-Simpson, le déficit américain devra être réduit d’environ 4000 milliards de dollars en 2020 pour éviter une crise fiscale. Y parvenir nécessitera des sacrifices partagés une coopération bipartisane. Dans ce contexte, un glissement des taxes sur l’emploi vers les taxes sur la pollution, est une solution simple et à notre portée : une opportunité de résoudre plusieurs des problèmes les plus handicapants du pays, sans coût net pour le peuple  américain. Si nos leaders politiques ne sont pas capables de travailler ensemble sur une proposition de bon sens telle que celle-ci, il reste peu d’espoir pour les choix encore plus durs auxquels nous devons encore faire face. En bref, M. Obama devrait proposer un tel plan au Congrès ; Et s’il échoue, il devrait en faire un pilier central de sa campagne de réélection en 2012.


L’auteur de l’article d’origine (en anglais) est le fondateur de la New America Foundation, et co-auteur de « The radical Center : the Future of American Politics »