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Guerre du carbone: la stratégie Hansen


(26 janvier 2009)


Le changement climatique n’est pas une conjoncture, c’est un état de guerre.


Depuis des décennies plus d’un l’avaient prédit, et maintenant nous y sommes. Parmi ceux qui se sont fait entendre, le discours de James Hansen, directeur de la Nasa est singulier. Le plaidoyer tient en 3 mots d’ordre à l’adresse des époux Obama : moratoire sur le charbon, taxe carbone, recherche nucléaire. Sa rhétorique a cela de saisissant que ces quelques lignes nous font comprendre la cruauté de la situation : ce n’est pas que l’heure tourne, c’est que l’on s’est déjà trompé de rendez-vous. Les seuils de dangers sont déjà franchis, et les pôles partent déjà en morceaux…
Les programmes mis au point par les politiques conçoivent les solutions comme si l’Humanité avait l’éternité pour s’y mettre. James Hansen, en bon scientifique, sait que la réalité est têtue et ne tient pas compte de toutes nos bonnes intentions. M. Hansen avait choqué en disant que les centrales à charbon sont des usines de mort. Bien que la formule déplaise, son principe s’impose, et les espèces tombent les unes après les autres.
Amis lecteurs, sortez du syndrome de l’ampoule ! Il ne s’agit plus seulement d’éteindre la lumière en partant, de visser des ampoules à basse  conso, ou de faire du tri sélectif, il faut sortir l’épée et aller batailler sur le terrain des vrais débats. Il est question de débat autant que de combat, de manifestations sous les fenêtres de vos élus, que d’empoignades familiales autour de l’énergie et du climat.


Pourquoi la lettre du directeur de la NASA est-elle si révolutionnaire ?
Après Al gore, il se pourrait que cet homme, finalement inconnu du grand public s’avère être le ferment, le fer de lance, le pivot du remue-ménage climato-énergétique qui se dessine en filigrane aux USA, avec l’entrée en fonction d’Obama. Comparaison n’est pas raison, mais il très plausible que les 3 grands axes définis par Hansen, qui furent jusqu’à présent les outsiders du débat, puissent percer et s’imposer comme incontournables, à l’image de celui auquel ce plaidoyer est adressé : Barack Obama.
Car le nerf de la guerre est contenu dans cette lettre : trois gestes puissants, dans trois registres majeurs : le politique et industriel, l’économique, et le technologique.


1° L’effort politique et industriel : le moratoire sur le charbon classique


En centrant son discours sur le charbon, l’auteur nous rappelle implicitement que quand gaz et pétrole entreront en déplétion dans les très prochaines années1, le charbon sera la grosse voie de report de la production d’énergie, pour notre grand malheur climatique. Le charbon incarne dramatiquement l’explosion économique chinoise, qui sans lui n’aurait pas eu lieu. Et c’est là que surgit le caractère hautement politique de ce problème: il faudra convaincre tous ces interlocuteurs que sont l’Empire du Milieu, l’Allemagne, la Pologne, l’Australie et pléthore d’états à travers le monde que le charbon doit être le point de départ du grand freinage énergétique… Rappelons que 40% de l’électricité mondiale est produite à partir du charbon. Un moratoire sur celui-ci aurait cela de nouveau que si les Etats-Unis y consentent, ils ne manqueraient pas, mettant en avant les arguments sus-cités, de développer une « diplomatie du charbon » à l’adresse de la Chine et des autres états « charbonniers » dans le but d’agir au plus pressé.


2° L’effort économique : La taxe sur le carbone, tout de suite !
Cette « mal-aimée » des négociations climatiques revient en force aux Etats-Unis, souvent par des voies inattendues. Nombre de Démocrates,… et de Républicains y sont favorables sous conditions, à l’instar de l’universitaire Greg Mankiw, qui en 2006 créa le Pigou Club, au nom explicite pour les économistes2. Dans ce débat, l’activité déployée par le Carbon Tax Center3 est digne d’intérêt. Son fondateur rappelait le 30 décembre 2008, dans un article paru dans le Huffington Post que, tout comme les pronostics initiaux de la Présidentielle 2008 ont été désavoués, la « sagesse conventionnelle » (que nous nommons en France pensée unique) selon laquelle le système de Cap-and-Trade est la meilleure option, est en train de lâcher. Dans les colonnes du New York Times4, deux républicains (de plus !) soulignent le bien-fondé d’un signal de prix sur le carbone et les modalités selon lesquelles ils voient la chose.  La taxe carbone, encore quelques efforts et ils la feront…
Il faut conclure à la grande vitalité du travail de réflexion outre-Atlantique qui devrait suggérer plus de courage politique du côté de notre débat français. Mais les politiques ne sont pas les seuls priés de faire leur brainstorming démocratique, les citoyens sont appelés à y mettre leur dose de courage. Et ceci consiste à comprendre pourquoi nous devons faire croître le prix de l’énergie avant qu’il ne soit trop tard.


3°) L’effort technologique : la recherche nucléaire.
Que l’on approuve l’option nucléaire ou pas, Hansen rappelle que l’on ne peut en faire l’économie, et si l’espoir fondé sur la 4e génération de l’énergie nucléaire n’est pas assuré de déboucher sur des succès,  la situation impose un effort de recherche comparable au projet Manhattan, qui n’aurait peut-être pas prospéré sans la menace qui planait sur l’époque. Alors que le problème de la raréfaction des ressources (uranium) se pose pour les générations précédentes de réacteurs, la quatrième laisse entrevoir une solution y échappant pour un bout de temps. Peut-on faire l’impasse sur une nouvelle marge de manœuvre ? Le nucléaire n’est pas la panacée, mais l’urgence climatique rendant obsolète le dogmatisme anti-nucléaire obligera à des convergences, y compris politiques sur le dossier de l’énergie. Allons à l’essentiel.
Il serait vain de croire que nous aurons encore longtemps le choix, et dans ce contexte, toute prise de conscience est salutaire, mais toute prise de responsabilité l’est encore plus.  Il est devenu un lieu commun de dire que l’histoire nous jugera durement si nous devenons ceux qui savaient mais ne firent rien. Mais si, sans se payer de mots, l’on mesure la gravité de notre situation, c’est demain que vous et moi irez frapper à la porte de nos concitoyens.
C’est maintenant qu’il faut convaincre rationnellement et affectivement, comme le font très personnellement Anniek et Jim à l’adresse de Barack et Michelle5. C’est la stratégie Hansen, sa sincérité. C’est maintenant qu’il faut trouver les armes nécessaires…


Le changement climatique n’est pas une conjoncture, c’est un état de guerre.


[Mathieu]Thomas de toulouse.

  1. Les pétroliers commencent à s’accorder sur un pic de production du pétrole (Peak Oil) en 2015 plus ou moins 5 ans.
  2. Arthur Cecil Pigou formula le principe des écotaxes : inclure dans les prix le coût des externalités négatives causées par une activité ou une production. Le Pigou Club « est un groupe d’élite d’économistes et experts ayant eu le bon sens de défendre publiquement des taxes pigouviennes plus élevées, telles que les taxes sur l’essence ou les taxe carbone. »
  3. http://www.carbontax.org/
  4. « An Emissions Plan Conservatives Could Warm To”, New York Times, 27 décembre 2008.
  5. Lettre à lire en français sur le site de votre serviteur.